samedi 29 décembre 2007

The One with the Mighty Tickets






Encore une fois, je pars en mode "Lolo contre le reste du monde", all alone, avec une dure journée qui m'attend : découvrir New York (attention, quelle programme !). Mine de rien, je dis encore une fois en référence à mon super blog sur la musique qui n'avance pas dont tout le monde connaît l'adresse uneoreillealafois.blogspot.com (en tout cas mes cinq lecteurs assidus eux, la connaissent), mais c'est la première fois que je me retrouve si loin de tout ce que je connais (enfin je partais pas non plus au Pôle Nord avec mes chiens, mais quand même), sans personne pour écouter mes "bon on fait quoi ? Il est quelle heure ? J'ai faim." Bon vous l'aurez compris, la solitude c'est pas trop pour moi, et je préfère largement partager les choses, que les vivre tout seul.
Finissons en avec les banalités, et penchons nous plutôt sur cette journée de 22h qui débuta par un réveil assez impromptu (quoique pas trop vu que c'est moi qui l'avait réglé…), 5h du mat c'est toujours trop tôt.
Deux RER, et un vol Paris-London plus tard, je découvrais Londres à ma façon (et oui, il y a des gens qui vont au bout du Grand Ouest, à Vancouver Island, mais qui n'ont jamais mis les pieds en Angleterre de quelque manière que ce soit, il en reste, si, si), c'est-à-dire par l'un des plus grands duty free qu'il m'ait été donné de voir. Autant à New York, la vie est chère, autant à Londres on n'a pas envie d'acheter quoi que ce soit, même pas un journal ou un verre d'eau, rien (phrase plus que discutable vu que la plupart des gens connaissent Londres et savent très bien cela, mais bon y'a toujours une différence entre les on-dit et les on-a-vu).
Il n'empêche que pour le souvenir je cassais ma tirelire pour acheter un bonnet d'Arsenal, ce qui expliquera pourquoi sur certaines photos, j'ai une vague ressemblance avec un supporter anglais tout droit sorti de l'Emirates Stadium. « Vieira, Viera !! He comes from Senegal ! He plays for Arsenal ». Au passage merci Raph' pour le chant, je m'y croyais vraiment, il me manquait juste un bloody accent, et la supercherie en aurait trompé plus d'un.
Quoiqu'il en soit, à aucun moment du voyage on ne m'a pris pour un anglais, j'ai juste évité lorsque je partageais cette succulente pizza végétarienne avec mon voisin...

...d'arborer ma toque, ce dernier étant un fier habitant de la laborieuse ville de Manchester (comment pouvait-on introduire d'une meilleure façon une photo d'un si piètre intérêt ? Hein, franchement ?) .
Un trajet donc sans grand intérêt, mis à part le fait qu'on s'habitue vite à prendre l'avion, mais je n'arriverais pas à m'habituer aux turbulences, et à ne pas penser que l'avion va se casser en deux. Ma première vue sur New York fut donc celle de l'aéroport et des presqu'îles avoisinantes...




...paysages beaucoup moins énigmatiques que lors de mon transfert de New York à Seattle, il y a quelques mois, où j'avais pu apercevoir au loin un Manhattan brumeux, ne laissant rien transparaître de ses mystères et autres légendes urbaines.

La suite se passera sans photos (et ne vous inquiétez pas il y en aura des tonnes sur les prochaines journées), car j'ai voulu tout découvrir des yeux, sans en rater ne serait-ce qu'une miette de paysage donnée à un moineau, par un jour de bise glaciale.
J'ai choisi donc l'arrivée en taxi pour pouvoir être happé par la vue soudaine de ces buildings amassés au bord de l'eau , tous plus grands les uns que les autres. Je me targuais d'un « ouhaou it's so beautiful », qui ne fit même pas sourciller mon cab driver, trop occupé à chercher l'endroit où je lui avais demander de me déposer pour aller chercher des billets pour le match de basket NBA du lendemain, un petit New York Knicks – Chicago Bulls des familles, si l'on peut s'exprimer ainsi !
Et oui parce aux Etats-Unis, même si certains numéros de rues sont indiqués sur des panneaux de deux mètres sur trois (ce qui arrive très peu souvent je vous l'accorde, il n'empêche que là c'était le cas), votre cab driver ne voudra pas avoir à chercher un numéro de rue, en tournant la tête partout, il préfèrera aisément un croisement de rue, entre quatre blocs, beaucoup plus facile à trouver. C'est donc en bas d'un immeuble d'une vingtaine d'étage que je me pointais, chargé comme un touriste, et poussait une porte déjà entrebâillée pour me retrouver dans un hall immense et pratiquement abandonné.
Là s'y trouvait un concierge, vieilli par le temps et les années, feuilletant son carnet.
« Hi, I'm here to pick up tickets for the knicks game tomorrow » (à cet instant du voyage j'avais encore un anglais correct, mais, aussi bizarre que cela puisse paraître ça allait en se dégradant).
Ce vieil homme qui savait sûrement mieux parler l'espagnol, me coupa avec sa voix tremblante :
« What's your name ?
- I'm Guillot » (que j'ai prononcé « guylotte », allez savoir pourquoi).
« Are you Laurent ?
- Yes, it's me ? » (j'avais la voix interrogatrice, je me demandais
comment ce mec connaissait pouvait bien connaître mon prénom)
Il me tendit alors une lettre où je pouvais effectivement y lire mes nom et prénom, puis ajouta : « It's for the game ».

A cet instant précis , j'avais vraiment l'impression d'avoir accompli la véritable quête du Saint Graal, j'étais là en bas de cette tour à parler à un vieil homme, après avoir lutter au téléphone avec toutes les banques du monde pour qu'on me laisse enfin acheter ces places, dont le sort était devenu plus qu'improbable, et donc notre présence au match aussi. Je n'y croyais plus, c'était presque biblique, j'ai vu une lumière, entendu des orgues d'églises et les places sacrées sont arrivées jusqu'à mes mains (y'a bien qu'un non croyant pour blasphémer comme ça…) !
Il ne me restait plus qu'à rentrer à mon hôtel situé dans East Village, l'Hotel 17 de la rue East Seventeenth, d'une incroyable banalité, plus que quelconque, mais par le temps glacial qui s'annonçait, une chambre n'était pas de trop, loin de là. Une fois mes valises posées, c'est les fourmis dans les jambes que j'allais courir les escaliers quatre à quatre vers le hall d'entrée de l'hôtel, pour ouvrir l'unique porte qui me séparait désormais de ce monde palpitant qui m'attendait, à bras ouverts.
J'ai alors décidé après le franchissement de ce dernier obstacle, d'avancer dans les rues, au petit bonheur la chance, d'aller n'importe où, comme j'ai toujours rêvé de le faire dans une ville que je ne connais pas, à la découverte de mon quartier.
La ville était bouillante, elle réchauffait l'atmosphère, j'ai rarement eu une impression de vie aussi intense. Il n'y avait pas des millions de personnes dans la rue, non, il n'y avait pas non plus un concert ou une manifestation quelconque qui animait le quartier. Il y avait juste des gens, qui rentraient, chez eux, qui parlaient, qui traversaient les rues, des lumières qui clignotaient, des taxis, le vent qui soufflait et venait rougir mes oreilles avec son souffle, à la manière d'un tison de maréchal-ferrant. Rien d'extraordinaire, tout était grand, tout était trop, l'immensité des choses se rappelaient à peine à mes bons souvenirs. Mais j'étais à New York , la Grosse Pomme, New York City, la ville des villes, trop petite pour être un pays, trop grande pour être une simple ville.
Lors de cette marche de deux bonnes heures, je découvrait le Flatiron Building, l'Empire State Building (c'est simple, là-bas, tout fini par building, j'ai même eu le temps pendant cette balade de commander un cheeseburger building, avec un coca building, le temps était un peu building d'ailleurs), les différents squares de mon « village » , l'Union Square, le Stuyvesant Square, le Gramercy Square (et oui car tout ce qui n'est pas building est un square, c'est la deuxième règle grammaticale de la langue new yorkaise).
Mon réveil trop matinal me rattrapa soudain et j'allais m'effondrer sur mon lit, après avoir trouvé l'hôtel en titubant, déjà ivre de cette ville aux milles merveilles, seul, sans nouvelles de personne, au 3e étage d'un building entouré d'autre buildings, presque insignifiant, bluffé par l'immensité du monde et la beauté de la vie.
J'ai du faire de sacrés rêves cette nuit là.